dimanche 25 janvier 2015

UDALRIC VIET DU CHEMIN DES DAMES À LA RÉSISTANCE 1917 – 1944

Après la Somme et un séjour dans la région de Nancy à la fin de 1916, Udalric Viet combattit au Chemin des Dames. Son bataillon se trouvait en réserve de la 2ème vague d’assaut avec une avancée prévue pour le 17 avril 1917, second jour de l’offensive Nivelle, du ravin de Madagascar vers Moussy puis dans le secteur du bois du Paradis, à l’ouest de Cerny-en-Laonnois. Il note bien la présence de nombreux cadavres français et allemands mais juge la progression satisfaisante. Il découvre lors d’une reconnaissance une galerie allemande qu’il décide d’explorer pistolet au poing : il trouve deux Allemands qui font la cuisine et qui se rendent, offrant cigare et alcool aux Français ! Ensuite, il participe à la seconde offensive, le 5 mai, vers Braye-en-Laonnois et la tranchée du Havre, puis le lendemain au bois du Drapeau. Malgré des pertes sévères, le bataillon a tenu les tranchées conquises. Il est proposé pour la médaille militaire puis il rejoint la Lorraine, à la fin de 1917, avec son bataillon (à Flirey). Ensuite, il est nommé dans le secteur de Verdun, aux carrières d’Houdremont, où il supervise la construction de tranchées. Là, il découvre un abri effondré et ses occupants momifiés qui tiennent encore des cartes à jouer dans leurs mains… En février 1918, il est intoxiqué par les gaz et soigné à l’hôpital. Après une permission à Amiens où il retrouve sa famille, il est encore engagé contre les Allemands, à partir du 9 juin 1918, dans l’Oise, à Mairy. Il est encore intoxiqué et il est muté dans le 6ème Régiment de Tirailleurs Algériens le 26 juillet. Les derniers combats le mènent dans l’Oise et dans l’Aisne (voir article du 11 novembre 2014).


Udalric Viet, porte-drapeau à Metz en 1930


Après le 11 novembre 1918, Udalric Viet est envoyé en Hongrie puis en Turquie. Il ne revient en France qu’en 1921. Il est affecté dans divers régiments et notamment au 26ème RI de Nancy. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate, il est nommé capitaine au 223ème RI. La Drôle de Guerre se passe en patrouilles le long de la Ligne Maginot. Puis, en juin 1940, c’est la retraite vers les Vosges où le régiment se rend à Bru. Udalric est interné dans un camp d’officiers (OFLAG) à Nuremberg puis dans un autre à Hammelburg. Il demande son rapatriement pour raison de santé mais comme celui-ci tarde, il feint d’être malade puis tente de s’évader avec un officier alsacien. Les deux évadés sont repris mais Udalric obtint son retour en France.


Udalric Viet devient officier de la Légion d'Honneur en 1939 à Nancy, place Carnot.

Il poursuit alors sa carrière comme officier de chancellerie. Les renseignements viennent désormais de documents du Ministère de la Défense que Paul Viet a recopiés : devenu adjoint du général Delestraint, il entre dans la Résistance dès 1941, dans le réseau Gallia et assure des transmissions entre la France Occupée et Londres. Il montre encore son courage en détruisant une voiture de détection radio allemande ! Il aide aussi les réfractaires du STO, les aide à passer la ligne de démarcation et recrute pour les FFI de l’Ain. A la Libération, il est commandant local des FFI puis réintègre l’armée régulière. Ces actions lui valent la croix de guerre 1939-1945 avec palme. Muté à Marseille, Udalric Viet prend sa retraite en 1950 après 37 ans d’armée !

Udalric Viet est resté fidèle à son corps d'origine, les chasseurs à pied. Ces derniers formaient des unités d'élite, regroupées en bataillons et non en régiments, dont l'insigne était le cor de chasse (que l'on voit sur les cols des uniformes ou le casque). Les hommes qui entraient dans les BCP (bataillons de chasseurs à pied) étaient de petite taille (Udalric mesurait 1 m 61) et animés d'une forte combativité et d'un fort esprit de corps. Toujours en 1ère ligne, bons tireurs, les chasseurs à pied s'illustrèrent lors de la Grande Guerre. Curieusement, les BCP n'avaient qu'un drapeau unique qui passait d'unité en unité à tour de rôle. Udalric Viet présenta ce drapeau, déchiqueté, lors d'une cérémonie à Metz en 1930. De même, ses carnets s'intitulaient à l'origine "Quatre années de guerre sous l'uniforme chasseur" et s'achèvent par son transfert, en juillet 1918, dans un régiment de tirailleurs algériens. Même s'il servit dans divers régiments d'infanterie (le 26ème et le 223ème), Udalric Viet resta marqué par son engagement dans les chasseurs à pied, tout comme son frère Paul. Son état d'esprit ("l'esprit chasseur") le démontre: il est de tous les combats, charge les Allemands à la baïonnette en 1914, juge les combats satisfaisants (même l'offensive Nivelle au Chemin des Dames...) et se montre peu sensible aux pertes subies par ses unités successives et à ses propres blessures. Combattre était sa vocation.




Chasseurs à pied en 1914


La présentation du drapeau des chasseurs à pied par Udalric Viet à Metz, le 28 mai 1930.



Travail collectif de la classe 601 L/ES



mercredi 14 janvier 2015

UDALRIC VIET EN ALSACE ET DANS LA SOMME (1915-1916)

La Bataille d’Alsace en 1915



Après son séjour à Lisieux, Udalric Viet remonte en ligne en Alsace avec le 120ème BCP récemment formé. Les combats se déroulent dans les Vosges au Westein puis au col Sainte Marie, des sites difficiles en raison de la neige, de la pente et de la forêt. Ensuite, l’objectif principal des Français est de prendre le sommet du Linge, tenu par les Allemands. Dès la première attaque, malgré le soutien de l’artillerie, les pertes des Français sont sérieuses en raison des mitrailleuses. La progression pour atteindre le sommet du Linge est difficile, des tranchées sont détruites, des cadavres allemands gênent la circulation, les blessés sont nombreux. La nuit du 25 juillet est longue, les soldats combattent encore et il y a encore beaucoup de morts et de blessés. Grâce à une préparation sérieuse de l’artillerie, les soldats reprennent l’attaque le 26 juillet 1915 et atteignent leur objectif. Malheureusement Udalric est atteint par l’explosion d’un blockhaus allemand. Il doit passer la nuit sous les débris, et blessé, il est dirigé en mulet vers un poste de secours à Bruyères. Il est ensuite hospitalisé à Marvejols, accueilli dans un château appartenant à la marquise de Chambrun. Il y passe un agréable séjour avec des soins efficaces. Il reçoit sa croix de guerre le 19 septembre 1915 lors d'une grande cérémonie qui se tient sur la place principale.

Léa LHEUREUX, Angélique GONZALEZ-GARCIA, Emilie SIMONIN (601)





Udalric Viet décoré de la Croix de Guerre


 La Somme en 1916

Après son séjour à Marvejols, Udalric Viet est dirigé vers la Somme. La bataille de la Somme débute pour lui le 11 juillet 1916 près de Hardecourt: la division d'Udalric Viet relève le 1er  Bataillon du 146ème R.I. Les Français déclenchent un tir de barrage à l'aide de canons de 75 afin de détruire partiellement les positions allemandes. En effet, Udalric Viet, lors d’une reconnaissance, va se confronter à des barbelés qui vont déchirer son uniforme. Le lendemain, le capitaine De Rohan est tué, son corps est ramené par un sous-officier  de la compagnie. Udalric est chargé d'une mission par son commandant ; il doit se rendre chaque soir aux emplacements d'arrivée du convoi apportant les repas.

Le 17 Juillet, les troupes françaises sont surprises par des tirs de l’artillerie allemande, suivis par une pluie d'obus... Udalric est encore blessé par l'explosion d'un obus, mais légèrement, le 19 juillet au Bois d'Haricourt et il refuse d'être évacué. Les attaques se succèdent : le 20 juillet 1916, les chasseurs à pied prennent la tranchée du Calvaire au prix de lourdes pertes, le 9 août, ils avancent encore et s’emparent de nombreux prisonniers et canons. Udalric est chargé de fouiller les prisonniers allemands en récupérant leurs armes car un officier allemand a tiré sur un chasseur à pied. Cet officier a été abattu et son corps est placé sur le bord de la tranchée où il servira de poteau pour le fil du téléphone…


Udalric Viet en 1915-1916


Le bataillon est relevé le 21 août et ne reprendra le combat que le 2 novembre en se rendant au ravin de Maurepas, à la tranchée des Négottins. Le temps a changé : il pleut beaucoup et la boue est épaisse et gluante. La progression des Français est stoppée : les soldats sont épuisés, la boue envahit tout, les Allemands bombardent les positions françaises continuellement. Le 19 novembre 1916, près de Sailly-Saillissel, Udalric est touché à la hanche par un éclat d’obus qui a emporté dans la plaie des fragments de sa boîte de masque à gaz. Il est évacué vers un poste de secours. Il rencontre, sur la route, une ambulance automobile anglaise, conduite par une Canadienne, qui le mène à l’hôpital de Bray-sur-Somme. Là, il sera choyé par sa Canadienne et bien soigné par un médecin anglais. Il est ensuite en convalescence à l'hôpital d'Amiens.



Amara CAMARA et Lucas DELLA CHIESA (601)



vendredi 9 janvier 2015

La Bataille de Belgique ou des Frontières: la première bataille d'Udalric Viet 8 août – 25 août 1914

Le 8 août 1914, Udalric Viet quitte son cantonnement et se dirige vers la Belgique, il traverse MONTMEDY puis la frontière à Othe. Le 21 août, celui-ci se dirige vers SOMMETHONE et le 22 août, il passe à BELLEFONTAINE et s’achemine vers le premier combat. Avec son régiment, il traverse des champs et rencontre une fusillade. Ils prennent la formation de combat sous les signes du capitaine (petites colonnes largement espacées), leurs armes à la main et progressent lentement; leurs artillerie prend position derrière eux et entre en action. Udalric Viet arrive sur une crête couverte d’une fumée blanche, baïonnette au canon : « cela commence à devenir sérieux ». Les coups de canons s’enchaînent mais leur position reste finalement calme. Tout à coup celui-ci entend les clairons du 120eme régiment d’infanterie qui sonne la première charge qui accompagne une contre attaque. Il n’a pas de notion de l’heure et entend toujours les mêmes bruits (fusillades entrecoupées de sonneries de clairon). Une sonnerie éclate à droite, c’est l’assaut!!! Les Allemands semblent surpris de la rapidité de leur intervention, les balles sifflent. Udalric et son régiment abandonnent le pas de charge et abordent les Allemands au milieu de la fumée. Sous la violence du choc la ligne ennemie plie pour enfin reculer. Udalric donne son  premier coup de baïonnette, l’allemand crispe sa main sur le fusil et s’effondre. Ses camarades lui diront, plus tard, qu’il était pâle: « il y avait de quoi ». Les tirs de l’artillerie ne ralentissent pas, des tireurs prennent leur position à genoux et ouvrent le feu à volonté. A midi rien ne se passe, ils marchent lentement dans des champs de blés autours de cadavres des deux camps et de blessés qui demandent à boire, les balles continuant de siffler autour d’eux. Tout à coup Udalric ressent un choc brutal à la nuque puis tombe sur le côté, figure contre le sol: « j’ai l’impression que l’on me verse de l’eau tiède dans le cou, ma main droite est couverte de sang ». Il essaie de se débarrasser d’une partie de son équipement (sac et musette) et celui-ci s’aperçoit qu’il a reçu une balle dans le haut du dos. Il est hors combat, il reste à terre: « je ne suis pas solide, j’ai perdu beaucoup de sang, j’ai une soif terrible et plus d’eau ». Le lieutenant TOURET passe près de lui, lui aussi blessé à la main, il s’assoit et lui demande de lui faire un pansement à la main, mais un obus de faible calibre éclate à proximité de leur groupe. Udalric est frappé du côté droit mais heureusement l’éclat est stoppé par sa cartouchière, ce qui lui coupe la respiration. Le lieutenant TOURET, lui, est grièvement touché. Udalric se débarrasse de sa cartouchière et reste allongé à terre, il est rejoint par Clairon le chien de la compagnie lui aussi blessé. Ils restent tout deux pendant plusieurs heures dans la même position. Mais il décide de ne pas abandonner, il se relève et marche à travers les cadavres et blessées pour rejoindre le poste de commandement. Il passe la nuit du 22 au 23 août dans une ferme pour être conduit dans l'église de HAGE, où  il est  nettoyé (celui ci était couvert de terre et de sang coagulé) et soigné, on le badigeonnera de teinture d'iode et on bandera sa poitrine et son dos. Udalric est ensuite transporté à MONTMEDY sur la place où se trouvent d'autres blessés. Le 24 août il prendra alors son premier repas depuis le 21 août. Puis il sera acheminé dans un wagon de marchandises avec d'autres soldats blessés et il se rendra à la gare de SEDAN et reprendra un autre train pour REIMS puis PARIS où à chaque arrêt lui et les autres soldats sont acclamés par la population et où des cigarettes et des gâteaux leurs sont distribués.
Il finira par débarquer à LISIEUX le 25 août au matin où il sera dirigé vers l’hôpital temporaire n°29.




Udalric Viet en 1914


Ce récit de bataille est le plus long du carnet. Il montre bien les conditions de combat en août 1914: l'armée française va à la rencontre des Allemands en Belgique et les soldats partent à la recherche de l'ennemi à travers les champs. L'assaut se fait encore au clairon et à la baïonnette. C'est avec cette arme qu'Udalric tue son premier Allemand. L'artillerie est aussi importante: Udalric entend des détonations et les échanges d'obus. Enfin, Udalric reçut deux blessures lors de cet engagement: une balle dans le dos, puis un éclat d'obus. Il doit se rendre lui-même au poste de secours alors qu'il a perdu beaucoup de sang et la prise en charge des blessés est longue. Les médecins utilisent pour désinfecter ses blessures de la teinture d'iode, seul moyen efficace pour nettoyer les plaies. Enfin, il est évacué vers l'arrière et arrive à l'hôpital de Lisieux trois jours après le combat...


Marie Labouré , 601




LES BLESSURES D'UDALRIC VIET

Uldaric Viet a été blessé 9 fois lors des combats entre août 1914 et octobre 1918: il a eu 3 blessures par obus (éclats), une par balle, une série de contusions liée à son ensevelissement en Alsace en 1915 (le blockhaus qu’il attaquait a explosé et Udalric s’est retrouvé sous les débris) et 4 fois par intoxication au gaz en 1918, entre février et octobre. Ce dernier type de blessure correspond bien à la période durant laquelle les Allemands utilisent massivement les gaz (75% DES OBUS ALLEMANDS SONT DES OBUS A GAZ à cette époque) pour gêner la vision des soldats qui possèdent un masque à gaz, pénible à porter au bout d’un moment. On remarque aussi les blessures par éclat d’obus : ce fut le rôle de l'artillerie qui a provoqué 70% des morts de la Grande Guerre.

Une lettre écrite par sa femme, le 17 janvier 1941, souligne qu'Udalric souffrit de séquelles de ses blessures : la balle reçue en août 1914 ne fut jamais extraite et il devait éviter tout amaigrissement en suivant un régime spécial; ses intoxications par gaz provoquèrent des troubles nécessitant plusieurs hospitalisations après 1918 (notamment en 1919 à Constantinople) et il souffrit aussi de grandes fatigues et de douleurs rénales liés aux contusions multiples reçues lors de la Grande Guerre.


Le carnet montre aussi l'évolution de la prise en charge des blessés lors de la guerre: en 1914, les services de santé sont débordés par l'afflux massif de blessés. Après, dès 1915, Udalric constate les progrès dans les évacuations et les soins reçus malgré le fait que le blessé doit rejoindre lui-même le poste de secours sur le champ de bataille. En Alsace, il est évacué par mulet vers l'hôpital (1915), dans la Somme (1916), une infirmière canadienne le prend en charge dans son ambulance automobile. Les salles des hôpitaux sont très propres et les infirmières attentionnées, pour les soins et les repas,  de même que les personnes qui "offrent" leurs demeures aux blessés de guerre comme la marquise de Chambrun.




Amara Camara et Lucas della Chiesa (601)

mercredi 3 décembre 2014

LA VIE D' UDALRIC VICTOR ARMAND VIET.


Il est né le 30 avril 1894 à Fismes (dans la Marne), il est le fils d'Auguste Viet et de Marie Amanda Lecomte, domiciliés à Sedan (dans les Ardennes près de la Belgique).

Son dossier militaire, conservé à Fontainebleau, dans les archives de l'ordre de la Légion d'honneur, donne une courte description de son apparence: Ses cheveux étaient de couleur châtain clair, ses yeux étaient de couleur gris bleu, son front était bombé, son nez rectiligne, sa forme de son visage était ovale et il mesurait 1 m 61 cm. Les photos du carnet permettent de bien voir son aspect physique.


Udalric Viet en 1914 (photo publiée dans le tableau d'honneur de l'Illustration)
Udalric Viet vers 1950

Il s’est engagé le 11 septembre 1913 à Sedan dans l'armée française et il est monté en grade jusqu’à la fin de sa carrière, passant de caporal à lieutenant-colonel. De plus, il a vécut à Nancy (au 74 de la rue Raymond Poincaré) lorsqu’il servait au 26ème RI dans les années 1930, et il a combattu lors de la Seconde Guerre Mondiale en 1940 dans les Vosges. Fait prisonnier puis libéré, il a fait la  Résistance et devient officier dans les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur).

Après 1945, il est nommé à Marseille où il achève sa carrière en 1950. Il meurt le 8 novembre 1961 à Bourg en Bresse (Ain).

Enfin, il n'a pas fait son service armé uniquement en France mais il est aussi parti en Hongrie ainsi qu'à Constantinople en 1919-1920.

Sa carrière a été très longue (1913-1950), marquée par deux Guerres Mondiales,  de nombreux combats et de nombreuses blessures (9 en 14-18 dont deux le même jour), et une volonté continuelle de se battre pour la France puisqu’il fut encore décoré pour faits de résistance. Sa carrière fut aussi reconnue par des pays étrangers car il fut décoré de la Distinguished Conduct Medal et de la Military Medal par les Anglais en raison de la bataille de la Somme et de l'ordre de la couronne de Yougoslavie, et son dossier militaire mentionne aussi l'ordre russe de Saint-Stanislas qui n'est pas évoqué dans le carnet. 

Par contre, on sait très peu de choses sur sa vie privée : sur certaines photos, on le voit en compagnie d’une femme car il a été marié comme le mentionne une lettre de 1941 qui évoque madame Viet, vivant au 74 de la rue Raymond Poincaré à Nancy, et qui occupait un poste important à la croix rouge. Peut-être était-ce Berthe Viet, mentionnée par une citation pour la croix de guerre en 1947 en raison de ses services au sein de cet organisme ? On ne sait pas s’il a eu des enfants; une carte pour la confirmation mentionne une Anne-Marie Viet mais rien ne précise son lien de parenté avec Udalric.


Udalric Viet en compagnie d'un officier étranger


Udalric Viet en famille dans les années 1930

Udalric Viet dans un parc à Nancy

Udalric Viet lors d'une confirmation dans les années 1930



Angélique GONZALEZ - GARCIA et Emilie SIMONIN (601 L)

samedi 29 novembre 2014

PAUL VIET: UNE BIOGRAPHIE


État civil et signalement

Paul Viet est né le 17 octobre 1897 à Fismes, département de la Marne. Il est le fils de Louis Paul  Auguste Viet et de Marie Amanda Lecomte domiciliés à Sedan, département des Ardennes.

Paul Viet en 1916 ou 1917 en uniforme de chasseur à pied

Il est donc le frère cadet d’Udalric à qui il était fortement attaché.

Son dossier militaire comporte plusieurs renseignements comme:
- Sa profession: employé de commerce (en 1915).
- Une description physique: cheveux : châtains, yeux: gris, front: moyen, nez : ordinaire, visage : ovale, taille : 1m70.

Paul Viet, qui faisait partie de la classe 1917, fut d'abord convoqué au conseil de révision, à la mairie du 6ème arrondissement de Paris (il habitait au 21 rue Mayet), le 12 mai 1915, mais il fut ajourné, comme l'indique un certificat établi à Nantes le 24 août 1915. 











Paul Viet fut convoqué de nouveau le 26 mai 1916, à Paris, à la mairie du 4ème arrondissement, et il prépara ensuite un brevet d'aptitude militaire en se formant auprès des sapeurs-pompiers; brevet qui lui fut accordé grâce à ses bonnes notes le 10 juillet 1916. Paul Viet est alors incorporé dans les chasseurs à pied le 8 août 1916, au 18ème BCP, à la grande joie de son frère aîné. 















Un chasseur à pied courageux

Paul Viet devient chasseur de 1ère classe le 12 décembre 1916. Une lettre datée du 20 septembre 1917, écrite par le capitaine Roussel du 44ème BCP, annonce l’incorporation de Paul dans cette nouvelle unité (incorporation officielle dès le 6 septembre 1917),  au grand contentement d’Udalric qui connaissait bien ce capitaine, qui promet aussi de veiller sur Paul. 






Ce dernier fit aussi une campagne militaire glorieuse au sein du 44ème BCP en tant que mitrailleur. On en connaît les détails grâce à une citation à l'ordre du bataillon, transcrite sur un "carton" à l'emblème du 44ème BCP puis sur un diplôme décoré, accordée en raison des combats des 28 et 29 mars 1918, lorsque le bataillon combattait dans l'Oise près de Montdidier.








« CITATION A L'ORDRE DU BATAILLON DU 8 AVRIL 1918
Le commandant Pasquier du 44ème  bataillon de chasseurs à pied  cite à l'ordre du bataillon.
Nom et prénoms : VIET Paul
Grade : chasseur de 2° classe
Numéro matricule : 9132

MOTIF DE LA CITATION

Mitrailleur dévoué et brave. A fait preuve d'énergie et de sang-froid pendant les opérations des 28 et 29 mars 1918. »

Cette citation lui vaut la croix de guerre. Paul Viet envoya aussi à son frère Udalric, le 18 août 1918, un morceau de toilage d'un avion allemand, provenant sans doute d'une épave.






D’autres photos montrent Paul Viet en tenue de chasseur à pied et posant avec des prisonniers de guerre allemands dans un village détruit. Sans doute ont-elles été prises lors des opérations du 44ème BCP à Genvry-Sénicourt (Oise), le 3 septembre 1918, mentionnées par un document : le bataillon s’empara d’un village fortifié par les Allemands et fit de nombreux prisonniers. 






Néanmoins, sur ces photos, Paul Viet semble porter un grade et commande visiblement le groupe de soldats; donc les photos dateraient peut-être de 1919.


Paul Viet, à droite, dans un village en ruine. A gauche des prisonniers allemands

Paul Viet, au centre, avec des camarades et un prisonnier allemand à sa droite


En effet, au début de 1919, Paul Viet suivit une formation de sous-officier à la ferme de Bouy, près de Reims : il apprit comment organiser un assaut, l’utilisation des armes etc. Ses papiers contiennent des copies d’examen qui montrent son sérieux et son talent de dessinateur avec des croquis très détaillés d’armes réalisés de mémoire car, dans une des questions de l'examen, il fallait dessiner l'arme avec l'explication de son fonctionnement . Il étudia aussi la construction des tranchées, la cartographie, les formations de combat de l'infanterie, des tanks, l'utilisation des pigeons etc.



Un canon portatif de 37 mm et une mitrailleuse allemande Maxim dessinés par Paul Viet


Fusil-mitrailleur Chauchat modèle 1915 dessiné par Paul Viet





Très bien noté, il est apte au commandement le 26 mars 1919 : « élève intelligent et très travailleur, bonne instruction primaire, commandement très énergique, fera un excellent sous-officier chef de section ».






Trois copies d'examen de Paul Viet (dernières pages)










Il est nommé caporal le 2 avril 1919 puis sergent le 4 mai. Il se rengage en août 1919 pour six mois. Mais Paul Viet, qui devient sergent dans les chasseurs alpins, met fin assez rapidement à sa carrière militaire. Il est démobilisé le 20 février 1920 après avoir reçu un certificat de bonne conduite du 13ème BCA le 1er février.





Chef de la comptabilité dans une usine de Sedan

Les autres documents ne le mentionnent qu’à la fin de sa carrière dans le civil : une note du 31 janvier 1959 venant de l’usine de Sedan du groupe Lorraine-Escaut annonce que

« Pour raison de santé Monsieur Paul Viet a dû prendre sa retraite après avoir fait sa carrière à notre société. »

Le directeur de l'usine remerciait Paul Viet pour les nombreuses années passées dans cette usine et pour les services qu'il avait rendus. Il était remplacé dans l’usine par un nouveau chef de la comptabilité.








Paul Viet en famille dans les années 1950


Enfin, un document du 29 janvier 1963 lui demanda des précisions sur sa situation militaire pour l’attribution d’un complément de retraite, car sa date de démobilisation ne figurait pas dans son livret militaire. Paul Viet fit alors établir un certificat de position militaire.





Ce sont les dernières informations que nous avons trouvées sur Paul Viet dont nous ignorons la date de décès. On sait peu de choses sur sa vie privée : son extrait de naissance mentionne qu'il se maria le 14 avril 1925 avec Augustine Elise Berthe Malherbe à Wadelincourt, un document mentionne aussi madame Berthe Viet, née Alnuzlinus, membre des FFI, citée à l’ordre de la division en février 1947 pour son courage au service de la Croix Rouge mais il s'agit probablement de la femme d'Udalric Viet. D’autres photos montrent Paul Viet plus âgé avec des enfants et des membres de sa famille. A la fin de sa vie, il habitait à Longwy (Meurthe-et-Moselle), 2 avenue de la Liberté. Il resta fidèle aux chasseurs à pied car ses papiers contiennent des programmes de cérémonies liées à ce corps datant de la fin des années 1940; cérémonies auxquelles il participa sans doute.

Paul Viet a visiblement profité de sa retraite pour retranscrire les carnets de son frère Udalric, décédé en 1961.

Juliette JAMIN, Imène MEDJ MEDJ, Manel OUADDOU, Chloé CANTO (601 L)





dimanche 23 novembre 2014

COMMENT RETRANSCRIRE LE CARNET D’UDALRIC VIET ?

Comment est constitué le carnet ?

Il n'y a pas de reliure car le carnet n’a jamais été publié. Il semble que Paul Viet ait tenté de mettre le carnet au propre en le tapant à la machine mais le résultat a été peu satisfaisant : beaucoup d’erreurs de frappe, lignes inégales… Le carnet est donc composé de feuilles de dessin format A 4, épaisses et numérotées. Paul Viet a écrit le texte avec un stylo à bille utilisant de l'encre bleue.

Le nombre de pages : il y en a 75 en tout dont la couverture dessinée par Paul Viet et une page blanche. 10 pages comportent des photos (15 photos en tout) qui sont insérées dans la feuille par des fentes, comme pour les albums anciens. Ces photos sont des portraits d’Uldalric Viet à diverses époques (1914, 1916, 1919, années 1920-1930 et années 1950) et des cérémonies de remise de décoration à Marvejols, Constantinople, Metz, Nancy, Marseille, plus un drapeau de chasseur à pied enfermé dans un filet à cause de son état car déchiqueté durant la Grande Guerre.

La couverture comprend des dessins au crayon qui représentent un fusil Lebel avec un fanion dans le canon, des insignes des chasseurs à pied (un cor de chasse), des tirailleurs algériens (un fanion avec le croissant de lune et le chiffre 6) et des symboles lorrains (croix de Lorraine et chardon) plus une torche, une palme et des rameaux d’olivier symboles de gloire. Le titre du carnet est « Une belle carrière de soldat. Lieutenant-colonel U. Viet 1894-1961 »

La page 4 avec une cérémonie à Marseille en 1950


Le carnet couvre la période 1914 – 1950. La Première Guerre Mondiale prend une place importante dans le carnet (48 pages contre 5 pages pour la Seconde Guerre Mondiale). Plusieurs épisodes de la carrière d’Udalric Viet sont brièvement retracés comme le séjour en Turquie et en Hongrie.

La composition :

Page 2 : liste des décorations.
Page 4 : les blessures.
Page 5 : les citations.
Pages 8-9-10: positions et services.
Page 11 : le début du récit fin juillet 1914.
Pages 11-59 : la Première Guerre Mondiale.
Pages 60 - 65 : fin de la campagne 1914-1918, séjour en Orient et en Hongrie, guerre 1939-1945, la Résistance puis la retraite en 1950.
Pages 66 -73: pages comprenant des photographies.

On doit aussi noter que ce carnet se trouvait avec d'autres documents, ayant appartenu soit à Paul soit à Udalric Viet, contenus dans un classeur:
- Des objets datant de 14-18 comme un ruban de croix de guerre, des insignes de chasseurs à pied (cors de chasse en métal), une patte de col d'uniforme, un morceau de toilage d'un avion allemand donné à Udalric par son frère en août 1918, des rubans tricolores.
- Un journal de marche d'Udalric Viet de 1919.
- Des brouillons de la retranscription du carnet.
- Des documents administratifs ayant appartenu à Paul Viet (le dossier d'engagement dans les chasseurs à pied, ses copies de 1919 pour être sous-officier, des lettres pour sa retraite en 1959, des citations données par le régiment, des lettres de 1941 pour la Croix Rouge concernant Udalric Viet).
- Des journaux mentionnant Udalric Viet (tableau d'honneur de l'Illustration, journaux de tranchée comme le "120 court" ou "le bulletin désarmé").
- Des brochures traitant de cérémonies célébrées par les chasseurs à pied dans les années 1940-1950.
- Des photographies de famille où l'on voit Paul et Udalric Viet.
- Un portrait dessiné d'Udalric Viet.
- Le dossier militaire d'Udalric Viet venant des archives du Ministère de la Défense.
Cela permet de compléter les informations concernant la vie d'Udalric Viet.

Margaux NOVAK et Lucie REIGNIER (601 L)



 Comparaison entre le journal de marche d'Udalric Viet et le carnet retranscrit de Paul Viet.

Le carnet est une retranscription des carnets de guerre d’Udalric Viet par son frère Paul comme il est indiqué page 59 : « le récit qui précède a été tiré des carnets de route du lieutenant U. Viet ». Ces carnets ne figuraient plus dans la chemise contenant les papiers conservés par Paul Viet, qui comprenait toutefois un « journal de marche » original, allant de janvier à avril 1919, qui relate le départ du 6ème Régiment de Tirailleurs Algériens, dans lequel Udalric Viet était lieutenant, du Nord de la France pour Marseille. Ce fragment permet une intéressante comparaison entre la retranscription et ce qu’avait pu être le document original écrit par Udalric Viet et il permet de voir comment Paul Viet a procédé pour sa retranscription.

Paul Viet a écrit avec un stylo à bille, avec de l'encre bleue, tandis qu'Udalric écrivait avec une plume d'acier ou un stylographe utilisant de l'encre noire.

Dans son « journal de marche », Udalric note les dates précisément contrairement à son frère qui écrit plus parcimonieusement. Ainsi les dates ne sont pas toutes recopiées, même si Udalric ne note pas les faits au jour le jour (les événements sont parfois regroupés par quinzaine), et des faits banals sont supprimés par Paul tandis qu’Udalric les mentionne (« 31 mars 1919 : rien de nouveau »).

De plus, la copie de Paul Viet est plus aérée tandis qu’Udalric écrivait sur des feuilles de petit format, avec une écriture serrée. Dans le journal d'Udalric il est courant de voir des citations, généralement de ses supérieurs, et des titres à chaque changements de situation : « nous quittons… ; nous changeons… ». Beaucoup d’abréviations sont utilisées dans le journal d'Udalric qui comporte aussi une liste d’officiers. 

Journal de marche d'Udalric Viet (4 - 22 avril 1919)
Malgré ces différences, le style d'écriture, très sobre, est similaire donc la retranscription est fidèle. Paul Viet a condensé les carnets en ne conservant que les faits les plus importants. Il a aussi composé une page de couverture avec des insignes militaires puis il a donné un titre « Une belle carrière de soldat. Lieutenant-colonel U. Viet 1894-1961 ». Le carnet contient quelques fautes d'orthographe, qui sont plus nombreuses dans le « journal de marche » (Paul a dû les corriger…) et il est agrémenté de photos. La retranscription s'arrête en juillet 1918 lorsqu’Udalric est nommé dans un régiment de tirailleurs algériens. La fin de la guerre est résumée en quelques lignes mais Paul Viet a conservé une feuille tapuscrite du récit original qui permet de combler la lacune pour novembre 1918. Le journal de marche comprend aussi quelques informations sur la fin de la guerre : Udalric Viet était le porte-drapeau de son régiment lors de son entrée à Noyon en août 1918 ; il avait de bons contacts avec les soldats indigènes qui « lui firent fête ». 



Le carnet retranscrit par Paul Viet 31 juillet - 4 août 1914

Léa LHEUREUX et Caroline RODHAIN (601 L)


La mise en page

Nous avons débattu sur le format que nous pouvions adopter pour retranscrire le carnet du poilu Uldalric Viet. Après avoir trouvé le format idéal, nous avons donc décidé de mettre la page retranscrite avec la page originale en vis-à-vis. C'était la solution trouvée pour la publication d'un autre journal de guerre, celui de Léon-Antoine Dupré, sous le titre Carnet de route d'un gosse des tranchées (2013) où l'on peut voir le manuscrit et sa retranscription pour plus de lisibilité.


                                    -44-                                                            



Une attaque est décommandée en raison
de l'état de la troupe.
Au moment où je quitte mon abri, un
obus explose touchant plusieurs chasseurs et me cou-
vrant littéralement de boue. Je suis aveuglé.

Un matin, le commandant me charge,
par message de vérifier le fonctionnement de la chaîne
de coureurs entre son PC et celui de la Brigade.
Le chasseur THIBAULT, qui m'est très dévoué,
m'accompagne.
A quelque distance du PC de la Brigade,
nous trouvons l'un de nos coureurs, grièvement blessé
et incapable de poursuivre sa mission.
Nous prenons le message et le portons
nous même, à destination en signalant la présence
de ce blessé grave.
En revenant vers le Bataillon, nous
sommes surpris par un tir de barrage extrêmement
violent. Pas  d'abri à proximité.
Je suis touché à la hanche. Le chasseur
qui m'accompagne m'aide à me relever puis à
gagner un PC proche d'où je fais téléphoner au Batail-
lon le résultat de ma mission et signaler l’état/





A gauche nous avons la page originale et à droite la page retranscrite (état actuel de la retranscription de la page 44). A quelques endroits, il fut un peu difficile de déchiffrer l'écriture mais nous avons décidé de retranscrire entièrement le carnet en utilisant la police de caractère Lucida Calligraphy. Nous avons choisi cette police car elle se rapproche le plus de l'écriture de Viet. Nous allons aussi reprendre le texte afin de voir la meilleure mise en page possible.


 Amara CAMARA, Lucas DELLA CHIESA, Alexia HEYMS (601 L)